Jean-Claude Bonnefond, « Officier grec blessé », 1826, Musée des Beaux Arts de Lyon, https://www.wikiwand.com/fr/Claude_Bonnefond

Le [i]philhellénisme, au début du 20ème siècle,  s’est exprimé par un grand mouvement de solidarité des nations européennes pour la libération du peuple grec dominé pour près de quatre siècles par l’Empire Ottoman.

En France, une grande onde de soutien a été soulevée pour contribuer significativement au commencement et à l’évolution de la lutte nationale grecque. Les philhellènes, armés de compassion et d’enthousiasme, ont donné de leur argent, leur temps mais aussi leur réputation ou même leur talent.

L’historien, Edgar Quinet, rapporte dans ses œuvres que les engagés volontaires étaient un mélange de « jeunes romantiques et d’anciens soldats des guerres napoléoniennes » qui apportaient « vêtements, nourriture et aide financière aux insurgés, déployant à cette fin bien les savoir-faire philanthropiques : quêtes à domicile, expositions, bals et concerts de charité, publications de témoignages, confection d’objets…».

Au niveau politique, après 1815, la Restauration de la monarchie s’installe en France.

Les turbulents événements de l’empire napoléonien ont eu comme résultat l’abri au scepticisme contre n’importe quelle forme d’un acte révolutionnaire, surtout pour maintenir l’équilibre des pouvoirs à la zone géographique européenne. Pourtant, le mouvement de solidarité grec est organisé par l’opposition libérale avec le Duc d’Orléans en tête.

Parmi les autres comités philhellènes en Europe, celui de Paris fut annoncé le 21 décembre 1824 en direction du vicomte François-René de Châteaubriand. Dans ses membres se trouve aussi le grand philologue Grec, Adamantios Korais. Le comité a offert son aide en essayant d’organiser une armée régulière à l’européenne et en prenant en charge les frais d’éducation des jeunes Grecs méritants. Après la bataille de Navarin, en 1827, et en tenant en compte le changement de comportement de la politique européenne face à la révolution grecque, le comité atteint son but et se délite peu à peu.

L’art a occupé une un grande place dans l’histoire du philhellénisme français. Deux événements déclenchèrent les réactions et la condamnation massive de la France ; Les massacres de l’ile de Chios et Missolonghi. Eugène Delacroix, lors du massacre est inspiré de la mort de Lord Byron et créa un tableau, en 1824, qui a aussitôt touché la conscience de la population française lors de son exposition à Paris. En 1826, il créa un deuxième tableau qui représente la Grèce en forme de femme sur les ruines de Missolonghi.

A son tour, Victor Hugo,  dans son poème « L’Enfant » décrit avec émission l’état psychologique de l’enfant qui survit le désastre de l’ile.

« [ii]Ah ! Pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !

Hélas ! Pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus

Comme le ciel et comme l’onde,

Pour que dans leur azur, de larmes orageux,

Passe le vif éclair de la joie et des jeux,

Pour relever ta tête blonde… »

 

Eugène Delacroix, « Scène des massacres de Scio », 1824, musée du Louvre, https://www.gazette-drouot.com/article/delacroix-les-massacres-de-scio-reveles/15315

Durant les années de la révolution grecque, dans les salons français ont été exposés environ 150 œuvres avec cette thématique, une chose remarquable qui n’est arrivée à aucun autre pays à part la France. Les artistes eux-mêmes se révoltèrent contre leur propre statut académique officiel pour faire surgir le mouvement du Romantisme.

L’élément religieux est également présent sur certains tableaux vu que les Grecs, dans cette guerre d’indépendance, se battent pour la survie du christianisme européen face à l’islamisme ottoman. Un exemple est le tableau de Vincent Nicolas Raverat, « Le jeune diacre », en 1824, inspiré par le poème homonyme du dramaturge, Casimir Delavigne :

« ..Il chantait, il pleurait, quand d’une tour voisine

   Un musulman se lève, il court, il est armé…

   L’étincelle jaillit, le salpêtre a fumé,

   L’air siffle, un cri s’entend…l’hymne pieux expire… »

Vincent Nicolas de Raverat, « La mort du jeune diacre de Messène », 1824 / paletaart2

Delavigne à travers ses poèmes essaie de ressusciter l’héritage ancien et rappeler aux insurgés Grecs les exploits de leurs ancêtres pour faire remonter leur moral.

« …sommets de Taygète, débris du Pirée, Sparte entendez-vous leurs cris victorieux? La Grèce a des vengeurs, la Grèce est délivrée, la Grèce a retrouvé ses héros et ses dieux… »

« …debout, la lyre en main, a l’aspect de deux camps,

       Ainsi chantait le vieux Tyrtée.

       Pour la Grèce ressuscitée… »

 

Jean-Claude de Bonnefond, par sa peinture « Cérémonie de l’eau sainte dans l’église de Saint-Athanase des Grecs à Rome », en 1830, fait illustrer l’origine du peuple grec, son passé vivement connecté avec son présent et son lien incontestable avec la culture européenne et les empires glorieux d’autrefois.

Jean-Claude de Bonnefond « Cérémonie de l’eau sainte dans l’église de Saint-Athanase des Grecs/ à Rome », 1830, Musée des Beaux Arts de Lyon, https://fracademic.com/dic.nsf/frwiki/378590

 

Pierre-Jean de Béranger (1780-1857), un grand poète originaire de Paris, a dédié plein de ses vers afin d’accentuer son admiration pour l’histoire, la beauté du paysage ainsi que les héros de la guerre de l’indépendance grecque. Sa contribution et celle de Chateaubriand a été considérée tellement importante que la municipalité de la ville d’Athènes a donné leurs noms à deux rues très centrales.

… Tout jeune aussi, je rêvais à la Grèce;

       En vain faut-il qu’on me traduise Homère,

      Oui, je fus grec ; Pythagore a raison

      Sous Périclès j’eus Athènes pour mère;

 … La liberté que de loin je salue

      Me crie : accours, Thrasybule est vainqueur.

      Partons ! Partons ! La barque est préparée.

      Laisse ma muse aborder au Pirée; …”

Extrait du poème “Le voyage imaginaire”, par Pierre-Jean de Béranger

 

La solidarité des philhellènes français fut tellement pénétrante en termes de la stimulation mentale et psychologique pour les grecs combattants ; les peintures, les chants, les poèmes, les vers lyriques leur ont rappelé d’où ils venaient et renforçaient la cause de leur insurrection.

La révolution grecque a eu une telle influence dans l’esprit des français pour que Edgar Quinet se demande après quelques années ; [iii]« Qui se souvient aujourd’hui de l’émotion qu’éveillait le nom seul de la Grèce, de 1821 à 1829 ? »

Références:

[i] Philhellénisme: du grec «φίλος» = “ami” + « hellénisme » = «  grec », est celui qui aime la Grèce

[ii] Victor Hugo, “L’enfant”, Les orientales, 1829

[iii] https://www.persee.fr/doc/keryl_1275-6229_1994_act_4_1_905

 

 

 

 

                                 Despina Manesi

Stagiaire de l’IHDC en France

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